Lor-K nous explique sa vision de l’art urbain (Interview)

Quelles ont été tes premières influences artistiques ?
LOR-K : Ne venant pas d’une famille spécialement tournée vers l’art, mes premières influences ont été le graffiti et les tags. Des blazes comme 6TRON, 1NSTIN… ont marqué mon enfance. Je les croisais quotidiennement sur le trajet en allant en cours. Je m’en suis rendu compte grâce aux interviews où on me posait toujours la question sur mes influences.  Ce sont les premières images d’art qu’il me reste de mon enfance. Et même à l’heure actuelle, le graffiti ou même parfois le vandalisme m’influencent plus que le street art de ses 10 dernières années.

LOR-K : Projet Vente Flash 2013

 

Tu as touché un peu au graffiti ?
LOR-K : Pas vraiment, que très peu quand j’étais plus jeune. Mon père étant électro mécanicien, il y avait toujours 2-3 bombes qui trainaient, genre noir, blanc et doré. J’essayai de poser mon blaze sur des planches. Mon père intervenait pour me donner des conseils sur la manière de tenir une bombe pour éviter les coulures etc…. Je ne me rendais pas compte à l’époque de l’impact que ça allait avoir sur ce que je fais maintenant.

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LOR-K : Projet OBJECTICIDE (2012)

 

Qu’est ce qui à fait que tu t’es dis un jour…bon ça y est…à mon tour ?
LOR-K : C’est à force de voir des personnes faire des collages, des pochoirs. C’était accessible à tous. Vers 14-15 ans j’ai commencé à m’inventer un blaze qui n’est pas du tout le même qu’aujourd’hui. J’ai fais quelques pochoirs et collages. Mais au final je n’arrivais pas à trouver quelque chose qui m’épanouissait réellement, un truc pour me différencier. Je suis longtemps resté discrète sur mes tentatives. Il a fallu que j’attende quelques années avant de trouver ma voie.

 

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LOR-K : Projet MAPPAGE (2011)

 

Et comment tu es arrivée à cet art de rue « revendicatif » ?
LOR-K : J’ai essayé de trouver ce qui manquait au street art, enfin à l’art urbain…je ne suis pas très fan de la dénomination « street art » pour ce que je fais. C’est en voyant tous ces objets abandonnés dans la rue que je me suis aperçu que les parisiens jetaient beaucoup. Ayant des affinités avec l’espace urbain et appréciant le fait de manipuler la bombe, je me suis dis qu’il y avait surement  moyen de mixer les 2. Faire de grandes sculptures que je ne serais pas contrainte de ramener chez moi et garder la photographie pour les immortaliser. Surtout que les gens commencent à ne plus faire attention aux œuvres murales, y’en a tellement ! Personne n’intervenait en 3D. L’art urbain c’est trop limité au mur. Donc je me suis dis qu’il y avait peut être un autre jeu à mener avec la rue, sans l’attrait du mur. Et l’art mural c’est devenu un style vendeur, les artistes reproduisent pour réussir à vendre. On est vite catalogué dans la case street art. Il suffit de taffer dehors, de posséder une veste Adidas et une paires de NIKE pour  correspondre au cliché. Ça c’est tellement démocratisé, qu’aujourd’hui même les grandes marques de meuble estampillent des décos « street».
D’un coté, la revendication passe par l’utilisation de la photo. Elle permet de retranscrire le contexte, le lieu et les personnes que l’on a rencontrées. Chaque œuvre est unique avec son lieu, ces personnes et cette nostalgie liée à l’intervention. Il ne s’agit pas de vendre un style sur commande !

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LOR-K : Projet CONSOMMAS (2011)

 

Est-ce que tu te sens appartenir à la mouvance des artistes comme BANKSY ou MARK JENKINS par exemple ?
LOR-K : Oui, même si mon avis reste mitigé…c’est vrai qu’ils sont engagés dans leurs messages, mais après ça reste toujours du déplacement. C’est-à-dire que lorsqu’ils vont exposer, ils vont reproduire l’œuvre extérieur en intérieur. L’urbain ne ressort pas vraiment comme ils le travaillent dehors…et c’est ça qui est dommage. Les artistes préfèrent reproduire des œuvres par facilité au lieu de retranscrire leur pratique. Je me demande, comment les gens qui regarderont ces œuvres dans plusieurs générations feront pour comprendre et imaginer le contexte de l’œuvre si celui-ci n’est pas apparent. Il faudrait réussir à retranscrire la pratique extérieure en intérieur.

 

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LOR-K : Projet TRACE (2010-11)

 

Et quel sens donnes-tu as ses objets, pourquoi eux ?
LOR-K : C’est une sorte d’archivage. Tous les objets que j’utilise sont trouvés sur place. Il y a comme un jeu avec la rue. Ce n’est pas un produit que je récupère, que je déplace et que je vais reposer ailleurs. J’ai fais ça au début avec mes premiers projets, au moment où je n’avais pas encore bien fixé ma démarche. Je les travaillais en atelier et après j’allais les déposer. Très vite je me suis rendu compte qu’il fallait que je garde les objets dans leur contexte car c’était ça qui donnait du poids à l’intervention. D’être complètement dépendante de la rue et de ce qu’une personne aura bien voulu déposer à cet endroit. Ça devient une sorte de reflet de la société ou l’on voit tout ce qu’on délaisse…

 

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LOR-K : Projet Carré Fétiche (2013)

 

Comment te viennent tes idées au final ? Est-ce que tu passes dans la rue, tu vois un objet et tu t’y mets tout de suite ?
LOR-K : Non, tout est vraiment bien cadré. A force de croiser certains objets, ils me font réfléchir. Il y a trois phases : recherche, exécution et retranscription. Je détaille d’ailleurs tout ça sur mon site. Il faut vraiment qu’il y ais un sens à ce que je fais. J’ai envie que le spectateur soit conduit dans un univers bien précis. J’ai besoin aussi de cette réflexion pour les « produits dérivés » qui servirons lors de l’exposition. Des objets à manipuler, prototypes, vidéos qui permettent de retracer l’intervention en extérieur. Et ça, si je n’y réfléchis pas en amont, je ne pourrais pas le faire après.

 

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LOR-K : Projet ESPECE DE… (2011)

 

Apparemment tu as comme sujet de prédilection tout ce qui tourne autour de l’objet en général et la « surconsommation »
LOR-K : Ce n’est pas volontairement mon sujet de prédilection. Mais comme je travaille essentiellement autour des objets placés en posture d’abandon, c’est une idée qui unifie l’ensemble de mes projets.
J’essaye d’aborder des messages différents sur chaque projet, même si finalement la consommation est omniprésente. Ce rapport entre l’humain et l’objet. Au final on se coupe petit à petit des relations humaines compte tenu des relations que l’on entretien avec ses propres objets. Certain connaissent mieux leur télécommande que leur pote de longue date.

 

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LOR-K : Projet SOUVENIR (2010)

 

Ce qui ressort de tes œuvres c’est une certaine « violence », visuellement parlant.
LOR-K : J’ai envie que l’image soit marquante. Je dois ressentir que ce que je fais est impactant. Je me mets à la place des passants qui voient l’installation. Il faut que je me dise en la voyant…YES ça marche ! Au final je suis ma première fan ! La violence des œuvres est certainement du a la réflexion plus qu’au rendu lui-même. Si tout n’était pas autant réfléchit cela serait certainement moins fort. Y’a tellement de choses visuellement en extérieur que l’on ne fait plus attention à tout, c’est dur de se démarquer. Alors qu’un frigo d’1m80 sur le trottoir dégueulant de déchets peint en orange forcément ça accroche l’œil. Finalement j’essaye de faire ressentir aux gens ce que moi j’avais ressentis en voyant mes premiers graffs ou tags à l’époque.

 

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LOR-K : Projet STIGMATELAS (2012)

 

Est-ce que le mémoire que tu es entrain d’écrire t’as apporté quelque chose ?
LOR-K : Pendant longtemps je croyais que je n’avais pas de culture. Mais quand je suis arrivé à la fac, je me suis aperçu que peu de gens avait cette culture urbaine… La culture finalement c’est un mot très vaste. On a chacun sa propre culture et la culture populaire en fait partie. Même si c’est souvent difficilement considéré. Quand j’ai commencé à rédiger mon mémoire, mes profs m’ont soutenu. Ca change de toutes les personnes qui disent sans cesse que l’art n’est pas une voie ! Donc forcément ça motive ! Bon j’avoue quand même que j’ai du mal en théorique à la fac, tout ce qui est philosophie, histoire de l’art… Mais y’a des bouquins de philosophie esthétique qui me paraissaient super compliqués avant et qui tout à coup, prennent un vrai sens. C’est là qu’on se rend compte qu’il est possible d’intellectualiser ce qu’on fait et d’envisager ça comme avenir.

 

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LOR-K : Projet CIMETIERE PROVISOIRE (2011)

 

Et les passants…quelles sont leur réactions ?
LOR-K : Ca dépend des projets et des gens. Par exemple, sur le projet OBJETICIDE, pour le frigo, un monsieur est venu m’aider à défoncer le frigo car il voyait que je galérai, alors que d’autres en me voyant, avec ma scie et mon liquide rouge, ont direct changé de trottoir. Les gens comprennent rarement ce que je fais au premier abord…Comme quand je peins un caddy en rose. Les gens restent sans voix, un peu sur le coup de l’incompréhension. Mais même si ils ne comprennent pas, l’image sera gravée dans leur tête et ils leur arriveront certainement d’y repenser un jour et d’y méditer, c’est ça qui m’importe.

 

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COMM : LA BOMBE NOIRE

 

Et pourquoi garder autant de traces de ce que tu fais (Photos, films…) ?
LOR-K : C’est pour les générations futures. Quand, dans plusieurs années, le street art aura évolué, dans on ne sait quelle direction, je me demande ce qui restera de notre époque. Je n’ai pas envie de faire ça pour rien. Avec toutes les pièces, tout pourra se voir et se revoir, dans des lieux d’expositions. Ca sera un souvenir d’une pratique actuelle. Et comme peu d’artistes arrivent à retranscrire l’art urbain, si j’y arrive, ça me permettrai de durer dans le temps. Je ne me considère pas comme photographe mais je pense que c’est un des meilleurs médiums pour retranscrire notre art. Si tu reproduis un graff pour une expo, que tu as déjà fait sur un hangar de 10 mètres, ça ne rendra pas la même chose…c’est le hangar de 10 mètres qui compte. Et seule la photo, ou la vidéo de celui ci, garderont cette image figée ou pas, dans le temps et non pas sa repro sur toile, planche etc….

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LOR-K : Projet PEINTURE FRAICHE (2012)

 

Est-ce que tu prends en photos l’endroit et les objets avant d’effectuer ton travail ?
LOR-K : Oui mais j’oublie parfois. Y’a des moments ou je suis tellement dedans que j’oublie de le faire.
Ça permet de montrer que les objets n’ont pas été transportés. C’est important de garder une image avant l’intervention car ça permet de bien voir l’évolution des objets et du lieu…donc de tout le travail effectué.

 

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Des travaux, des projets en cours ou à venir ?
LOR-K : Oui ! Je suis entrain de préparer le nouveau projet « DIVINITE URBAINE » depuis pas mal de temps. C’est un tour de France qui se déroulera cet été…1 mois complet du 1er au 31 Aout. 22 interventions de prévues ! Je veux voir si ce jeu avec la rue et les objets peut se reproduire dans toutes les villes. Est-ce que dans les 22 régions je vais réussir à retrouver cette affinité avec la rue ? Est-ce qu’au final, dès qu’il y a de l’urbanisme, des gens qui travaillent, une accumulation des personnes, est ce que l’on va retrouver ces gens qui jettent et cette surconsommation ? Un blog spécialement conçut pour le projet va relater tout le périple et m’aidera à trouver des contacts dans les villes traversées. Des beaux sponsors et partenaires me soutiennent pour l’événement, WRUNG DIVISION, CREASTREET  etc…Tout ça à découvrir sur le blog qui sera mis en ligne le 20 juillet (http://lor-k-tour-de-france.blogspot.fr/) 😉

 

Site de l’artiste LOR-K : http://www.lor-k.com/

Archives : http://lorkarchives.blogspot.fr/

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