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NICOLAS CAZALE, L’ENFANT SAUVAGE DEVENU  CINEASTE

Remarqué dans “le Conte de la Frustration” d’Akhenaton et Didier Daarwin ou “le Grand Voyage” d’Ismaël Ferroukhi, cet enfant du Sud-Ouest enchaîne les tournages et passe sérieusement à la réalisation avec un bijou “Un Jour viendra” son dernier court métrage.

Entretien avec un enfant sauvage aux multi-talents.

 

Nicolas Cazalé, tu as joué dans une quinzaine de longs métrages de Régis Wargnier “Pars vite et Reviens tard” avec José Garcia, ‘le Grand voyage” d’Ismaël Ferroukhi (Lion d’or à Venise), rôle principal également sur “le fils de l’épicier” d’Eric Guirado (nominé au César du meilleur espoir), “le Conte de la frustration” d’Akhenaton et Didier Daarwin (avec Omar Sy, Roschdy Zem et Leïla Bekhti), “Fabio Montale” avec Alain Delon. Tu as grandi loin de Paris dans un village à côté de Pau?

Oui, mon père était livreur de machine à laver, vendeur dans un Carrefour etc. Ma mère n’a pas vraiment travaillé, elle a eu un parcours cabossé, tantôt là, tantôt pas là. Elle a fait des ménages dans des hôtels, secrétaire un temps. J’étais pas du tout destiné à un parcours artistique. On n’allait pas au cinéma, pas de livres à la maison, on n’écoutait pas la radio. J’ai eu le bac. J’ai fait du rugby, du hand, du foot, du tennis.

les racines

Pourquoi et comment es-tu monté à Paris?

J’ai 16 ans, j’habite un petit village dans le Lot et Garonne et ma copine de l’époque  fait du théâtre dans la salle polyvalente du village. Un samedi, j’y vais et là ma vie a basculé. Je ne le dis à personne, mais moi, je sais que je dois aller sur scène. Ils jouaient le jeu de la bouteille, un peu d’impro mais quand je remonte sur ma mobylette pour rentrer chez moi, je sais que ma vie a basculé à cet instant! Je ne savais pas comment en parler autour de moi, mais dans ma tête, j’étais déjà ailleurs! Normalement, je devais travailler avec mon père. C’est l’époque des annuaires et des minitels, t’as pas internet, google (rires) donc tu te dis, ça doit se passer à Paris. Donc je monte à Paris car j’avais un oncle à Villiers le Bel, du côté de Sarcelles.

Je quitte mon village, je prends le train pour la première fois de ma vie, le métro, le RER (rires) et je débarque à Garges-les-Gonesse quoi (rires) et je me fais agresser à la station. On veut me voler mon sac! Qu’est-ce que je fais là quoi! (rires) et je passe mon audition au Cours Florent et ils me prennent en 2ème année. Génial! Sauf qu’au bout de trois mois, je me demande “ mais qu’est-ce que je fous là?” J’ai rien à voir avec ces gens. Je suis pas du tout en osmose ici. Je déteste Paris mais j’avais adoré découvrir le train en montant sur Paris, je pars voyager quatre ans. Mon rêve de comédien reste intact en moi, mais ce n’était pas le bon moment.

Le Clan de Gaël Morel

Tu as voyagé pendant 4 ans tout seul?

Je pars en Israël, à Cuba, en Guadeloupe, Ile de la réunion, je travaille sur place, je me débrouille et puis voilà. A l’époque, j’étais un peu verrouillé à l’intérieur, je ne pouvais pas rire ni pleurer. Je devais régler des choses personnelles, fuir aussi et me trouver en me confrontant: Je suis qui moi? Mon rapport à l’image qu’avaient les gens de moi, mon éducation, mon parcours. 4 ans après je reviens à Paris, décidé à me lancer et je trouve un agent au culot. Il me dit “enlève tes boucles d’oreilles et coupe toi les cheveux” et j’ai fait plein de castings.

Ton premier rôle est un rôle de gitan?

“Les gens du voyage”, ma première expérience et là je me dis, je ne me suis pas trompé. C’est le bon chemin, ça risque d’être cabossé sur la route, mais je ne vais jamais lâcher le morceau. Et ça, c’est valable encore aujourd’hui. Quand je suis sur un plateau de cinéma, je me sens chez moi, invulnérable, rien ne peut m’arriver! J’adore regarder ce qui se passe, la mise en place avec l’équipe, je trouve ça magique.

Quelle est aujourd’hui ton actualité?

Je tourne actuellement dans le prochain long métrage d’Olivier Marchal “Overdose”, produit par la Gaumont et Amazon, un film très ambitieux sur un flic undercover dans le trafic de drogue, les Go Fast au Maroc. Une très belle rencontre avec Olivier qui avait un vrai désir de renouveler ses castings, je tiens l’un des rôles principaux avec Alberto Ammann (“Narcos”) et Kenza Fortas (‘‘Sheherazade” et “Bac Nord”) et aussi Nassim Lyes (“Made in France”). J’ai fini aussi deux longs métrages “Magnificat” de Virginie Sauveur avec Karine Viard où je joue un rôle d’un prêtre gitan (sourires) et “Esperando a Dali” avec José Garcia de David Pujol, un hippie des années 70. J’enchaîne!

Tu as failli joué à Hollywood avec Marlon Brando, tu peux nous en parler?

(Rires) c’est une histoire un peu folle, je rencontre un réalisateur tunisien qui a écrit un scénario extraordinaire. Le pitch: un gros tournage d’Hollywood débarque dans un petit bled au fin fond de la Tunisie et le réalisateur kiffe un jeune serveur et lui dit “tu ressembles à Marlon Brando, tu devrais faire du cinéma”. Le type va partir aux Etats Unis pour faire du cinéma. Et à la fin, il rencontre Marlon Brando qui lui dit “arrête tout! le cinéma c’est pire que de la merde, Hollywood c’est pire que tout” (rires) et c’était ça. Marlon Brando avait vu l’un de mes films “les chemins de l’Oued” de Gaël Morel et m’avait validé “ok c’est top, c’est lui”. Toute la fin du film se déroulait vraiment chez lui. Je trouvais ça cool quoi! (rires). Grosse production américaine, sauf que trois jours après m’avoir validé, il meurt… Les contrats étaient partis chez mon agent. Et le film sans lui ne pouvait plus se faire. C’est passé dans ma vie, ça m’a traversé et c’est reparti.

On t’avait choisi pour ce côté corporel? très fréquent dans le cinéma américain, mais peu valorisé dans le cinéma français, à part dans le cinéma d’action populaire, on valorise plus chez nous la parole?

Vincent Cassel, Jean Dujardin, Sami Bouajila ou Roschdy Zem, J’adore Roschdy. Souvent ce type d’acteurs sont de milieu populaire. Les choses sont en train de changer. Même si le cinéma français reste très intello, le côté animal, impulsif, on le rejette un peu, il faut bien rester lisse, tout doit être normé. Heureusement des gens arrivent en force comme Tahar Rahim, Adèle Exarchopoulos, Kenza Fortas etc. ce sont des acteurs et actrices qui se donnent avec beaucoup d’instinct et d’émotion. Le problème du cinéma français c’est qu’on met les gens dans des cases. On te cantonne dans un seul registre. “Le beau gosse”, “le banlieusard”, “le dealer de shit”. On ne va pas se dire, je le mettrai bien dans une pièce de Shakespeare par exemple ou dans un rôle d’avocat. Au bout d’un moment, le métier n’était plus intéressant pour moi.

Tu l’as subi?

Et ouai, aux Etats Unis, Brad Pitt peut faire un vampire, il joue dans “Troie”, puis il fait un médecin, un avocat etc. c’est hyper excitant, tu dois préparer tes personnages. En France, on est catalogué par rapport à son corps, à son origine sociale et ils ne veulent pas qu’on s’émancipe en fait. On doit rester à sa place. On me proposait toujours la même chose: l’écorché vif, toujours à la marge de la société, un taiseux, physique.

On fantasme toujours sur le corps prolétaire dans le cinéma français!

Moi j’étais comme ça à la base, mais je me suis épanoui ensuite, j’ai changé, j’ai évolué. J’ai ouvert mes ailes, je me suis mis à voler, mais y’avait pas moyen! Ce n’est qu’aujourd’hui qu’on me propose des personnages où je souris, où je peux être lumineux.

C’est intéressant.

Moi je me sentais riche d’autre chose, j’avais ma propre façon de voir les choses, j’avais ma propre poésie. En France, il faut rester à sa place, c’est très enfermant. “Le corps contre le cerveau”. Ce qui est intéressant c’est le combat contre tout ça.

Il faut lutter contre ça. Aujourd’hui dans le cinéma français, j’aime beaucoup la nouvelle vague de réalisatrices comme Maimouna Doucouré, Julia Ducournau, Alice Winocour et avant Claire Denis.

Beau travail de Claire Denis

Un cinéma très corporel d’ailleurs

Oui c’est magnifique. C’est complexe.

Tu as fait ces dix dernières années autre chose que du cinéma.

Oui, j’ai fait beaucoup de peinture, de la sculpture, besoin d’être plus proche de la famille aussi, j’ai deux enfants et partir sans arrêt quatre mois sur des tournages, je trouvais que ce n’était pas trop compatible. J’ai exposé mon travail à Paris. J’ai pris le temps de réaliser trois courts métrages, j’ai écrit mon premier long métrage.

Tout ça prend du temps. Et j’ai pris ce temps là.

Exposition des toiles de Nicolas Cazalé à Paris

En 2010 ton premier court métrage “le temps d’après” avec Daniel Duval est sélectionné au Festival de Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. C’est inspiré de ton vécu?

A l’époque je n’avais pas l’intention de réaliser, il se trouve que j’avais un atelier en banlieue parisienne à Levallois Perret et je préparais une grosse expo depuis 6 mois, tous les jours. j’avais des grandes pièces et un jour je rentre dans l’atelier et des gamins étaient entrés à l’intérieur et avaient tout pété. Je n’avais plus rien. Toutes les structures étaient niquées, de la peinture partout, les extincteurs enfoncés dans le mur. Je ne me suis pas senti visé personnellement. Ils rentrent dans un lieu, ils pètent tout, même mes tableaux quoi…Moi je vois le désastre, je suis choqué! Mais en même temps, je me dis, “putain c’est beau”. Donc je repars chez moi, je prends ma petite caméra et je filme ce truc, tu vois.  Des trainées de peinture etc. J’avais du mal à redessiner après et je me suis dit “il faut que j’en fasse quelque chose”. Et c’est là où j’ai écrit mon premier court métrage. L’histoire d’un peintre qui rentre dans son atelier et qui découvre que tout est défoncé. J’ai intégré ces images vidéos dans mon film. Je découvre alors l’écriture, la mise en scène, je me trouve à ma place derrière une caméra ! J’adore ça.

C’était une forme de guérison?

Oui le besoin de sortir grandir de quelque chose qui aurait pu me détruire, tu vois?

Mais je ne me disais pas que j’allais en faire d’autres en fait. Le film va à Cannes, il a une petite vie. Et puis 4 ans après, en repeignant mon salon, Paf! j’ai une idée d’un deuxième court métrage “Croire” que je réalise avec la comédienne Emmanuelle Seigner en 2013.

Peux-tu nous parler de ton dernier court métrage?

Je viens de finir mon 3ème court métrage “Un jour viendra”, ce film n’était pas une volonté de ma part au départ parce que j’étais sur l’écriture de mon long métrage. Mais mon producteur (Ron Dyens de Sacrebleu) m’a convaincu de réaliser un court sur le même thème pour trouver mes acteurs et mon équipe technique pour le long.

Le pitch?

Les retrouvailles entre une mère qui a quitté le foyer depuis un an et son fils.

C’est complètement autobiographique.

Nous avons eu la chance de le découvrir. Ton actrice est une véritable révélation Audrey Bonnet:

Audrey Bonnet, moi je l’ai rencontrée au cours Florent pendant 3 mois, quand je suis arrivé à Paris. Je l’admirais sur scène. Parmi les 40 élèves de la classe, elle me donnait des frissons. Une qualité d’émotion extraordinaire! J’étais persuadé qu’elle ferait une grande carrière, ce qu’elle est en train de faire au théâtre.

Actrice prodigieuse de théâtre, je l’ai toujours gardé en tête, on s’est perdus de vue mais je suivais toujours son parcours. Il se trouve que pour ce court métrage là, j’avais une actrice un peu vedette, avec qui ça s’est très mal passé, donc j’ai décidé de m’en séparer deux jours avant le début du tournage.

Ah bon? Pourquoi?

Parce que…On était pas dans la même énergie en fait, dans le contrôle, et puis une actrice de cette trempe-là, partir sur un court métrage, ça l’excite pas autant que moi, évidemment. Et moi j’avais besoin de quelqu’un qui puisse me faire confiance et faire les choses à fond comme moi j’avais envie de réaliser ce film. Deux jours avant le début de tournage, d’un commun accord, on décide d’arrêter. Mon producteur a fait des bons en l’air mais en même temps, il m’a dit “Nico OK si tu ne le sens pas comme ça, moi je te suis, je te fais confiance mais trouve une solution”. Et tout de suite j’ai pensé à Audrey Bonnet. Car à la génèse du projet, le personnage s’appelle Audrey, c’était mon plan initial: Audrey Bonnet. Donc je l’ai appelé. Elle partait en tournée, mais elle était libre 4 jours aux dates de mon tournage.

Audrey Bonnet

Incroyable!

C’était fou oui, et voilà comment elle nous a rejoint et ça m’a sauvé moi, j’ai pu prendre un plaisir incroyable en travaillant avec elle. Elle s’est abandonnée dans son rôle, elle m’a fait confiance et je pense que ça se voit dans le film.

On pense à Geena Rowlands dans les films de Cassavetes !

C’est gentil, merci Cassavetes dans la manière de faire c’est clairement une référence. Mais moi je ne voulais pas tomber dans le pathos, je voulais que ça soit dans la retenue. J’aime beaucoup le cinéma asiatique pour ça, des thématiques profondes, tout dans l’intériorité, c’est tenu, pas beaucoup de dialogues. Kim Ki Duk, Tsai Ming Liang, les premiers films de Wong Kar Wai, Kiarostami aussi. Un cinéma de l’intériorité, de la pudeur.

C’est un rôle très casse-gueule, mais elle est à l’opposé de la théâtralité.

C’est exactement vers ça qu’on voulait aller. Le sujet ouvre à aller dans le pathos, les cris, les pleurs et moi je ne voulais surtout pas tomber dans ça. Et Audrey a une qualité d’émotion extraordinaire.

En face d’elle, il y a un super jeune acteur de 11 ans, tu peux nous en parler?

Kyan Tamadon. Avant d’être un super acteur, c’est surtout un super bonhomme en fait. Un être très riche avec une vraie pudeur. Il observe. Au début, il ne voulait pas faire le film. Pourquoi? En fait, je comprends qu’il a été très très touché par l’histoire. Il a été bouleversé par mon scénario. Je sentais qu’il y avait une connexion très forte entre lui et moi. Donc je repars à Rome, le laisse prendre le temps de réfléchir. Et un jour il m’appelle et me dit “bon bah j’ai décidé de faire ton film!”. OK c’est parti. On ne s’est revus qu’une fois avant le tournage et je n’avais vu aucune autre personne pour le rôle (rires), je lui ai dit “je te garantie que tu repartiras de ce tournage avec des grands souvenirs”. Dans le film il est parfait. Puis avec Audrey, ça matche très bien.

Ça préfigure ton projet de long métrage?

Oui “la bête endormie”, un film dans le Béarn, dans les montagnes un côté très sauvage. Toujours sur le thème de l’enfance. Le sujet du film, c’est l’émancipation. Mais j’ai hâte de montrer au public mon nouveau court métrage.

Trailer de “UN JOUR VIENDRA”

 

 

 

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