Nicolas Milteau, le réalisateur talentueux de la team Cypher films, vient de sortir son clip « Tale of The Tape » pour le groupe New Yorkais GET OPEN aujourd’hui à l’occasion de la sortie imminente de leur troisième album « Front and Center » produit par Overtime Records.

Force est de reconnaître que le morceau est une grosse bombe et le clip un énorme coup de boule contre Trump, la police américaine et les suprématistes blancs. Get Open, le groupe de New York, qui avait l’image d’un groupe de lyrists boom bap plutôt festifs et posés, durcit ici le ton. Une immense colère émerge à la découverte de ce clip construit autour d’archives vidéos des violences policières. Le cumul de la violence amène à la colère noire. Les manifestants du Black Lives Matter expriment toute leur rage dans les rues de Minneapolis, Brooklyn, Los Angeles ou Portland. Les refrains mélancoliques du MC Von font planer dans l’air une tristesse aérienne et une incompréhension de la catastrophe politique du mandat de Donald Trump, ici ridiculisé dans ses grimaces.

Le retour du grand rap militant et poétique. Fond et forme complètent un type de rap en voie de disparition qui resurgit avec brio dans le sillon des derniers morceaux de Public Enemy « State of the Union »

 et Anderson Paak « Lockdown ».

Get Open met en perspective dans « Tale of the Tape » le récit de la cassette, c’est à dire la machination médiatique infernale qui stigmatise les émeutiers et déroule en boucle depuis des décennies l’incroyable impunité des policiers racistes qui arrêtent et tuent en direct à la télévision H 24 « les délinquants noirs dealers de crack ». La virtuosité du montage qui évoque à la fois les images terribles de l’esclavagisme et la mythologie hollywoodienne du Good cop à la Dirty Harry au cowboy John Wayne, « héroïque » pistolero qui défend la GoldenLand en abattant au fusil les méchants indiens, déconstruit avec puissance le culte de l’arme, l’amendement américain de l’autodéfense et décrit avec fureur la dérive raciste d’un pays rongé par la non reconnaissance des dégâts de l’esclavage.

Les flics sont les héritiers de cette sombre histoire, les voitures de flics percutent les manifestants pacifistes du Black Lives Matter à Brooklyn tout comme la caisse des suprématistes qui a tué des innocents en déboulant dans les rues de Charlottesville en 2017. Dans cette accumulation d’injustice et d’agressions permanentes, Milteau parvient à magnifier l’organisation d’une lutte spontanée d’un peuple blessé, qui réussit à se réunir massivement pour contrecarrer cette oppression. Résurgence des luttes des droits civiques passées, des images de manifestions à Londres, Berlin ou Paris nous font comprendre que le problème est mondial et la présente marquée d’Assa Traoré à Paris inscrit le pamphlet de GET OPEN dans une lutte radicale contre toutes les violences policières qui touchent en premier les personnes racisées des deux côtés de l’océan atlantique.

La beauté du clip réside dans les images d’une petite fille noire qui découvre sur son smartphone l’embrasement du peuple face à ces violences, elle court sur la plage, tel Antoine Doinel à la fin du film « les 400 coups » de François Truffaut, à la recherche de son destin, sa découverte de la mer, ses peurs du futur symbolisent avec brio le positionnement frontal de GET OPEN pour une jeunesse combattante, insoumise et conscientisée. Une lueur d’espoir émerge à la sortie du tunnel.

Le clip « Tale of the Tape » est un chef d’œuvre.

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