Le court métrage “Rap de Vaincre” met en valeur les battles de rap au féminin, rencontre avec la talentueuse réalisatrice franco-cambodgienne SONADIE SAN originaire d’Ivry-Sur-Seine.

C’est quoi le pitch de “Rap de vaincre” ?

“Rap de Vaincre” c’est une sœur Salima qui a l’habitude de rapper avec son frère Ali et là, elle veut s’inscrire à un battle de rap organisé justement par son frère, il refuse: “les battles c’est pas pour les filles” et la nana va utiliser tous les moyens qu’elle peut pour faire cette putain de battle et elle le clashe! (Rires)

Tu voulais faire référence au Rap Contenders?

Non pas du tout! On m’a comparé à “8 mile” avec Eminem à chaque fois ! Et c’est vrai qu’en le rematant récemment, il y a un gros clin d’œil là, c’est clair (rires) j’adore ce film, il est excellent.

Comment s’est fabriqué “Rap de Vaincre” ?

C’est un court métrage de 5’ écrit avec quinze élèves, des décrocheurs scolaires d’un lycée professionnel Jean Pierre Timbaud à Aubervilliers. On l’a écrit en 3 mois. Ils ont entre 16 et 21 ans. C’est une grande histoire d’amour qui a réunit une super team. Yaka productions, Serial B studio et les Primates m’ont rejoint à la prod. Les élèves ont testé chaque corps de métier pendant le tournage, ils ont tous testé une demi-matinée chaque poste, ils ont donc essayé chacun quatre postes sur le plateau.

Tu peux nous parler de ton casting?

J’ai choisi le casting avec les élèves. Au début on a fait un casting classique avec des comédiens, mais ça ne marchait pas, il fallait prendre de vrais rappeurs pour les rôles. Une semaine avant le tournage on avait toujours pas trouvé du coup. On m’a mise en relation avec le collectif CallmeFemcee, Gotar le producteur de rappeuses a vraiment des pépites.

On a casté ces filles et on est tombé sur Jasmine Aka Jaja, elle vient d’Asnières, elle a 28 ans, ex prof de sport, danseuse pro, graffeuse et maintenant rappeuse. Elle fait des concours d’art oratoire, elle a une très belle plume. On a tout de suite flashé sur elle. Et ensuite on a trouvé le rappeur Hicham Seloula pour le role d’Ali.

Jasmine Remadna AKA Jaja

Qui a écrit les lyrics dans le film?

C’est Adrien Bassil, le producteur des Primates. C’était génial comme collaboration. Chaque phrase, chaque punchline, je lui demandais qu’il y ait cette signification. On a fait plein d’allers retours tous les deux. Jaja a été extraordinaire, elle est débutante, elle rappe face à Hicham qui a niveau de ouf et elle lui répond quoi ! Elle a une vraie exigence.

“Rap de vaincre” a été diffusé au cinéma le Grand Rex avec les finalistes du Nikon film festival de Paris?

Oui, on est très contents que la réalisatrice Maimouna Doucouré (qui était membre du jury) nous ait soutenu! Elle nous a envoyé un message magnifique, mes élèves étaient en amour, ils étaient trop contents.

C’est très agréable d’être considérés par une réalisatrice comme ça.

Sur 1614 films inscrits (record à battre), on était 16ème. La plateforme BRUT, qui regroupe des films engagés, donne habituellement un seul prix au Nikon. Et cette année, comme ils ouvraient BRUT X, ils ont refait leur liste de 40 finalistes.

Et on a été retenus dans la shortlist parmi leur 8 finalistes avec une rencontre avec Pierre Lescure, le président du Festival de Cannes.

Il a vu “Rap de vaincre” , il a été fasciné par ce qu’on racontait en très peu de temps et aussi sur la façon dont ça a été fait. Il me disait “il faut absolument en faire un long métrage, c’est hyper intéressant !” et après on a parlé de la visibilité de la communauté asiatique, il est concerné car sa fille est vietnamienne. Un joli moment d’échange.

Qui es-tu Sonadie San?

Je suis née à Ivry-Sur Seine et j’ai grandi à Lognes dans le 77. Dans une nouvelle ville d’immigrés, où il y a plein d’asiatiques, communauté afro aussi, je suis d’origine cambodgienne. J’ai un parcours hyper classique, un BTS de vente, manageuse dans la grande distribution, je me faisait chier, ça m’angoissait cette vie classique et à 28 ans je décide de reprendre le théâtre. J’ai passé un concours dans l’école de théâtre Frédéric Jacquot dans le 15ème, qui donnait des cours du soir. J’ai écrit une première pièce de théâtre tout en étant commerciale. J’ai négocié un licenciement et c’est là que tout à débuté pour moi.

Sonadie San

Tu as travaillé ensuite dans le théâtre ?

Oui comédienne, metteuse en scène et aussi coach, je coachais beaucoup d’humoristes et j’ai monté deux pièces “Enfante-moi” et “Je n’en crois pas mes lèvres”.

Tu as grandi dans la culture Hip Hop?

J’ai grandi en banlieue du coup le Hip Hop était très présent. Après j’ai eu une éducation très stricte à la cambodgienne. Je n’avais pas trop le droit de sortir. Donc mon Hip Hop restait chez moi ! Quand je me cachais et fuyais de chez moi (Rires), j’allais voir des potes et on écoutait du Hip Hop à fond! Mais je n’avais pas ces moments-là de partage de la culture qu’ont vécu beaucoup de banlieusards. Ça faisait tout de même partie de mon décor.

Le cinéma est arrivé sur le tard?

Oui. Je n’avais pas de modèles. Y’a pas du tout d’asiatiques dans le cinéma français. A tel point que pour mes premiers courts, j’en ai réalisé quatre, cela ne traite pas de ma communauté. Même moi en terme de légitimité, je pensais que c’était boring de parler de ça. Parce que personne n’allait kiffer, parce que dans ma vie, j’étais habituée à ce que personne ne s’intéresse à nous. “Parce qu’on es trop sérieux”, “on n’est pas drôle”, ”parce qu’on mange du chien”, “parce que les mecs ont une petite bite”, “parce que les meufs sont soumises mais c’est des cochonnes quand même” etc. tous les trucs où s’est pas très cool quoi… (Rires) donc du coup mes courts métrages ne parlent pas de mon histoire. Au cinéma et à la télévision, tu n’as rien, on peut citer très peu de comédiens asiatiques: Frédéric Chau, Steeve Tran, Mike Nguyen, Chinois marrant maintenant,  tu peux les compter sur une main.

Pareil pour les réalisateurs?

Oui Tran Han Hung, Davy Chou, Rithy Panh etc. mais pareil, les comédiennes asiatiques y’en a zéro ! Enfin y’en a, elles existent comme Elodie Yung née en France et partie à Hollywood, Leanna Chea, qui est née à Paris, a été repérée par le Canada pour son premier rôle dans un long métrage avec Anne Dorval, Linh-Dan Pham, une comédienne extraordinaire. Elle a eu un César et normalement ça t’ouvre les portes ! Elle n’a pas eu de taf, elle a du partir travailler en Angleterre. Elle est d’ailleurs dans le long métrage “Blue Bayou” de Justin Chon, elle y est magnifique. A un moment donné, c’est un peu limité, tu vois?

Linh-Dan Pham recevant un César

Ça t’a forcément posé un problème de légitimité? 

C’est ça, ça agrandit ton complexe, mais du coup, tu te dis “faut vraiment que je m’y mette”. Je pense aussi à un super réal  “Allée des Jasmins” de Stéphane Ly-Cuong qui doit batailler dur pour exister malgré tous ses prix en festivals.

Sonadie sur le set de “Rap de vaincre”

Tu as commencé la tournée des festivals avec “Rap de vaincre” ?

(rires) Oui en Afrique du Sud, un festival de réalisatrices, à Londres, et à Toronto festival de réalisatrices aussi (rires)

Tu prépares aussi une série documentaire sur des rappeuses, tu peux nous en parler ?

Oui c’est mon premier film doc sur la rappeuse tunisienne Medusa. Ça fait six ans qu’elle vit en France, elle rappe en arabe, en français et en anglais. C’est le premier épisode “Libre comme l’Art” que j’ai déjà tourné, un pilote de 12’.

Je veux faire un portrait d’une dizaine de femmes rappeuses à Paris.

La prochaine sera Thérèse, une rappeuse vietnamienne et Chinoise. Elle est en train de cartonner de malade ! Elle est dans tous les magazines. Elle vient de Ménilmontant. Elle a sorti un morceau qui parle du racisme anti asiatique “Chinoise?”. Un univers à la Cruella.

Puis ensuite la rappeuse Eesah Yasuke, toutes ont des écritures de dingue, un univers particulier.

Et c’est quoi la suite pour toi?

J’écris mon prochain court métrage, cette fois qui parle de la transmission familiale dans ma culture. Je me sens enfin légitime pour parler de ma culture cambodgienne et prête pour partager mes histoires.

Une petite cambodgienne qui est née en France qui tente un concours et demande de l’aide à sa mère. Sinon j’ai commencé aussi à écrire mon premier long métrage “Le Soleil du Manguier” que j’ai développé en résidence d’écriture à “Plume & Pellicule”. Je recherche aujourd’hui un producteur pour m‘accompagner sur ces nouveaux projets (Rires).

 

 

 

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