Lee Jeffries l’âme des sans-abris en photos (Interview)

Suite à son exposition à la GALERIE MATHGOTH, LEE JEFFRIES a bien voulu répondre à mes questions et se confier sur son approche de la photographie et sur son exposition.

Page Fb de LEE JEFFRIES

English version : http://www.cultures-urbaines.fr/lee-jeffries-the-soul-of-homeless-in-pictures-interview/

Pouvez vous vous présenter
LEE JEFFRIES : J’ai 43 ans, né à Manchester. Un fait peu connu, j’ai un jumeau en tous points identique.

Comment êtes vous venu à la photographie ?
LEE JEFFRIES : Je suis arrivé relativement « tard » dans le milieu artistique.
La 1ère fois que j’ai pris un appareil photo, c’était il y a 6 ans à l’âge de 37 ans.
Je n’avais pas prévu de poursuivre dans ce milieu.
Puis, il y a 6 ans, j’ai rencontré quelqu’un et tout a changé. Mes sens se sont réveillés de la plus belle et surprenante façon. J’ai commencé à remarquer de manière instinctive les réactions des personnes dont la vie semblait terne. La manière dont ils respirent par exemple, la profondeur de leur regard et dans son cas…la spiritualité.
Tout cela a eu un impact énorme sur la façon dont je voyais la vie et les gens en général.
Et cela à enflammé quelque chose en moi que même maintenant, je trouve difficile à expliquer.
Prendre cet appareil photo était bien le déclencheur de cette expérience que j’ai vécu.
L’histoire de, moi, photographiant une jeune sans abri à Londres ne serait tout simplement pas arrivé, sans cette personne.
Cette expérience m’a aussi conduit à ma propre solitude. C’est cet état qui perdure toujours depuis ce jour.
Sortir dans la rue pour rencontrer des gens qui vivent la même émotion a été étrangement thérapeutique pour moi.

LEE JEFFRIES

Quelle est la plus grande difficulté à photographier des personnes que l’on ne connait pas, d’aussi près ?
LEE JEFFRIES : Je pense que l’erreur pour un photographe serait de sortir en ayant comme intention de prendre des photos. Pour moi, cette partie est secondaire.
Je vais là-bas pour rencontrer des gens. Je suis poussé par l’envie de créer un lien et faire tomber les barrières entre « nous » et « eux ».
C’est se réaliser soi même, comme je l’ai indiqué précédemment.
Tant que ces barrières ne seront pas tombées, en tant que photographe, vous ne pourrez pas photographier la moindre chose de réellement émotionnelle et réelle. Un photographe doit commencer par l’émotion.

Quelle est la réaction des gens quand vous leur demandez si vous pouvez les photographier ?
LEE JEFFRIES : Sur ce point, je ne leur demande pas. Bien sur, ils me voient avec un appareil photo.
Mais bien avant de le sortir, j’ai déjà développé une relation avec la personne.
Je dois aller physiquement, ailleurs que dans les coins que je connais.
C’est trop facile pour moi, dans les lieux que je connais, de vouloir court-circuiter ces relations et laisser l’envie de seulement avoir une image prendre le dessus.
Je trouve, que lorsque je suis loin, à Miami par exemple, je peux totalement m’immerger dans la communauté.
Je deviens une partie d’elle durant la période où je suis avec eux.
Vous pouvez seulement prendre des photos de l’intérieur, pas de l’extérieur

LEE JEFFRIES

Comment réagissent-ils quand ils se voient ensuite sur la photo ?
LEE JEFFRIES : De beaucoup de manières différentes pour être honnête mais pas différemment que vous ou moi nous pourrions réagir devant une photo de nous.

Est ce que vous recherchez quelque chose en particulier quand vous photographiez ces personnes ?
LEE JEFFRIES : Bien sur. L’émotion.
Je suis constamment entrain de marcher dans la rue, regardant directement dans les yeux d’étrangers pour la trouver. Comme je l’ai dit, j’ai un 6ème sens pour la solitude. Il est très puissant et convaincant à partir du moment où je l’ai remarqué et j’absorbe vraiment tout ce que la personne offre quand ils la présentent aux yeux de tout le monde.
Je recherche l’émotion sous toutes ses formes.

Est ce qu’il y a une photo qui vous touche plus que les autres ?
LEE JEFFRIES : Je dirais celle là :

LEE JEFFRIES
Elle m’affecte profondément à chaque fois que je la regarde.
La douleur est évidente et me laisse agonissant  au vue de la profondeur de son désespoir et de la vie qu’elle a du mettre là, devant nous.

Est ce que vous avez ressentis la même chose dans tous les pays où vous avez photographié ?
LEE JEFFRIES : Je ne photographie pas sur le moment ou d’un point démographique.
L’acte d’être un être humain est le même à Los Angeles ou à Miami, Rome, Paris ou le reste du monde.

LEE JEFFRIESComment avez vous vécu votre exposition à la galerie mathgoth
LEE JEFFRIES : L’exposition à la GALERIE MATHGOTH était vraiment très belle.
Elle représente ma 1ère réelle exposition dans une galerie, même si mes images ont déjà été montrées au public dans un musée à Rome pendant 3 mois et même si une
sélection des mes photos sont disponible sur les galeries YellowKorner tout autour du monde depuis un certain temps maintenant.
Je voudrais prendre cette opportunité pour remercier Mathilde et Gautier, les propriétaires de la GALERIE MATHGOTH, pour tout ce qu’ils ont fait pour que tout cela se produise.
La manière dont l’exposition à été préparée, à l’unisson, en respectant l’essence et la spiritualité des images.

Que retiendrez vous de votre collaboration avec JEF AEROSOL ?
LEE JEFFRIES : La chose que j’aime sur cette collaboration avec JEF AEROSOL est que la « Synergie » est poétique.
Mes images démarrent de la rue. Grâce au travail de pochoir de jef, il ramène ces mêmes images dans la rue où elles vivent sur les murs dans Paris et Rome…endroits où la plupart d’entre elles ont été prises.
Le travail de Jef est incroyable. C’est vraiment une superstar dans le monde artistique. C’est aussi un gentleman.
Je pense qu’un artiste doit arriver à un niveau où il n’a pas besoin d’une collaboration.
Son travail est de se démarquer par ses propres moyens.
Ce qu’a réalisé Jef en prenant la suite, n’était pas juste de produire un travail vraiment magnfique, mais il a également démontré son « humanité ». Il l’a fait maintes et maintes fois.
Il offre un coup de main à des artistes en devenir et les invitent à se tenir, côte à côte avec lui.
Cela en dit beaucoup sur Jef aérosol en tant que personne

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D’autres techniques ou sujet que vous aimeriez traiter ?
LEE JEFFRIES : Je travaille actuellement sur un documentaire vidéo sur le même thème. A suivre.

 

Crédits photos : LEE JEFFRIES & ANTOINE QUAGLIA

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